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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/49

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gérance du Radical, j’acceptai. Vous savez ce qu’était alors le gérant d’un journal : son bouc émissaire, son homme de peines… au pluriel. Drôle de profession, hein ? mais c’était bien payé : quatre mille francs, nourri et logé aux frais du gouvernement huit mois sur douze. Je faisais des économies. Malheureusement, 48 arriva et la carrière des prisons me fut fermée.


Le Marquis.

Que n’offriez-vous vos services à la République ?


Giboyer.

Elle les refusa.


Le Marquis.

Cette bégueule !


Giboyer.

J’étais au désespoir, non pas pour moi… je n’ai jamais été embarrassé de gagner mon tabac… mais pour l’enfant dont j’allais être obligé d’interrompre l’éducation. C’est alors que je pensai à vous et que j’allai vous trouver.


Le Marquis.

Vous souvenez-vous du temps où vous maudissiez le bienfait cruel de l’éducation ? Qui m’eût dit alors que vous me demanderiez un jour de vous aider à coller sur les épaules d’un enfant pauvre cette tunique de Nessus ?


Giboyer.

J’avoue qu’avant de le mettre au collège, j’ai eu plus d’un colloque avec mon traversin. Mon exemple n’était pas encourageant ! Mais les situations n’avaient qu’une analogie apparente ; il faut plus d’une génération à une famille de portiers pour faire brèche dans la société !