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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/449

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Navarette, agenouillée près de d’Estrigaud.

Ô mon bienfaiteur ! mon ami ! mon maître ! je ne te demande que de vivre et je bénirai notre pauvreté qui te livrerait tout entier à mon dévouement.


D’Estrigaud.

Vous l’entendez, messieurs ! — Que faire cependant ? La voilà ruinée, ruinée pour moi ! L’instituer ma légataire universelle ? C’est à peine acquitter ma dette d’argent ; mais qui acquittera ma dette de cœur ? Je veux au moins que la pauvre fille ait le droit de porter le deuil de l’homme qu’elle a tant aimé. Je suis sûr qu’elle sera fidèle à ma mémoire et qu’elle portera mon nom avec respect.


Navarette.

Ta femme ! moi ? Non ! Raoul ! non ! Ta servante ! ta servante !


D’Estrigaud.

Obéis-moi, mon enfant, pour la dernière fois… Dites, messieurs, n’est-ce pas une justice que j’accomplis ?


Tenancier, relevant Navarette.

En vous ruinant pour lui, vous avez fait acte d’épouse devant Dieu : soyez épouse devant les hommes.


Lucien.

Acceptez son nom, madame, vous l’avez bien mérité.


André, ironique.

Oui, madame, acceptez son nom, vous le méritez bien.


Navarette.

Je le porterai comme une relique.