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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/436

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une, permettez-moi de vous le dire, dont la pratique vous sera peut-être difficile… la discrétion ; et vous comprenez quel tort ferait à ma fille la scène d’hier, racontée même à son avantage.


Navarette.

Oui ! j’entends d’ici les malignes condoléances auxquelles la marquise serait en butte. Quand par hasard une femme échappe à la calomnie après une aventure pareille, elle n’échappe pas à un peu de ridicule ; car, si le monde n’a qu’une vengeance contre le vice, il en a plusieurs contre la vertu. Mais nous valons mieux que lui, nous autres… lorsque nous valons quelque chose ; nous avons pour l’honnêteté vraie un respect qui ressemble à de la dévotion. Pour moi, quand je rencontre une mère de famille digne de ce nom, je suis toujours tentée de me signer, et c’est le sentiment que m’inspire madame la marquise Galéotli. Êtes-vous rassuré ?


Tenancier.

Complètement, et plus étonné encore.


Navarette.

De quoi ? de trouver un peu de cœur chez une femme dans ma position ?


Tenancier.

Non, certes ! mais je suis un bon bourgeois plein de préjugés, et je ne m’attendais pas, je l’avoue, à une telle élévation de sentiments, à une intelligence si fine des choses de notre monde.


Navarette, allant s’asseoir près de la table.

C’est peut-être une comédie que je vous joue !… Vous n’en jureriez pas, convenez-en.