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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/384

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moi vous le dire pour la première et pour la dernière fois !


Annette.

Pourquoi avez-vous parlé ? Ce n’est pas mon frère qui nous sépare maintenant, c’est votre aveu.


D’Estrigaud.

Je m’étais juré de me taire jusqu’au bout, mais l’effort a dépassé mes forces !… Et puis qu’importe ? Maintenant que je vois clair dans mon cœur, mon devoir est tracé. Il faut que je vous oublie, que je m’éloigne, que je voyage… Je partirai demain.


Annette.

Mais c’est absurde. Je n’entends pas bouleverser votre existence.


D’Estrigaud.

Et que voulez-vous que je devienne à Paris ? Votre porte ne m’est-elle pas fermée à double tour, par votre frère et par mes aveux ?


Annette.

Je les oublierai… vous n’avez rien dit, je n’ai rien entendu… Vous serez raisonnable, vous serez mon meilleur ami…


D’Estrigaud.

Jamais ! Ces paroles qui vous offensent s’échapperaient de mes lèvres malgré moi… Je ne m’appartiens plus… Vous ne savez pas à quel délire de passion je suis arrivé !


Annette, lui mettant la main sur la bouche.

Taisez-vous, malheureux ! (D’Estrigaud couvre sa main de