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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/341

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Annette.

Est-ce que Lucien vous a fait quelque confidence ?


D’Estrigaud.

Au contraire… il évite ce sujet de conversation avec un soin… qui prouve que les choses sont plus avancées que vous ne pensez.


Annette.

C’est impossible ! Il faudrait admettre qu’Aline est l’hypocrisie en personne, car elle est aussi naturelle avec lui qu’avec moi-même.


D’Estrigaud.

L’hypocrisie étant une vertu essentiellement féminine…


Annette, lui faisant place sur le canapé.

C’est bon à dire… Voyons, que savez-vous ? car vous me faites peur.


D’Estrigaud, s’asseyant près d’elle.

En ma qualité d’homme vertueux, j’ai la confiance de beaucoup de jolies femmes, et je sais bon nombre de petits secrets… mais je les garde. Tout ce que je peux vous dire, et je vous le dis très sérieusement, c’est que j’arrêterai cette sotte intrigue d’où il ne peut sortir rien de bon ni pour votre frère ni pour votre protégée.


Annette.

Eh bien, cela me suffit… puisqu’il faut que cela me suffise. Mais je ne vous croyais pas si discret.


D’Estrigaud.

Le grand art est de l’être sans le paraître. Le secret