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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/309

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pour ma sœur et moi, et nous aurons une bonne… en attendant le reste de nos gens.


Lucien.

Tu as donc gagné le lot de cent mille francs ?


André.

J’ai tout simplement une fortune dans les mains.


Annette.

Contez-nous donc cela, monsieur André.


André, à Tenancier.

Ah ! vous avez eu une fameuse idée, quand vous m’avez conseillé d’entrer dans le génie civil, en sortant de l’École.


Tenancier.

Il fallait te mettre le plus tôt possible en état d’aider ta mère. Ton éducation avait épuisé sa petite réserve ; il ne lui restait que sa pension de veuve de colonel d’artillerie… peu de chose !


André.

Au bout de deux ans, je gagnais ma vie. J’avais fait un rude apprentissage aussi ! J’avais vécu avec les ouvriers, travaillant comme eux dans les ateliers, pour bien connaître les métaux et l’outillage ; j’avais été chauffeur et mécanicien, dur ! pour bien connaître le combustible et la traction ; j’ai passé dix mois, jour ou nuit, la face au feu et le dos à la bise, très dur ! Mais je savais mon métier à fond et l’ingénieur en chef du Chemin du midi de l’Espagne a pu m’employer à cinq mille francs par an. J’étais bien fier du premier argent que j’ai envoyé à ma mère !… il a servi à l’ensevelir. Pauvre sainte femme !… Pardon, monsieur.