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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/27

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La Baronne.

Qu’en savez-vous ?


Le Marquis.

Je le vois dans votre main, parbleu ! J’y vois même que le contraire vous coûterait davantage, vu le calme inaltérable dont la nature a doué votre cœur.


La Baronne, retirant sa main.

Dites tout de suite que je suis un monstre !


Le Marquis.

Tout à l’heure ! — Les naïfs vous prennent pour une sainte ; les sceptiques pour une ambitieuse de pouvoir ; moi Guy-François Condorier, marquis d’Auberive, je vous prends simplement pour une fine Berlinoise en train de se construire un trône en plein faubourg Saint-Germain. Vous régnez déjà sur les hommes, mais les femmes vous résistent ; votre réputation les offusque, et, ne sachant par où mordre sur vous, elles se retranchent derrière ce méchant bruit que je vous disais tout à l’heure. Bref, votre pavillon est insuffisant, et vous en cherchez un assez grand pour tout couvrir. « Paris vaut bien une messe, » disait Henri IV… C’est aussi votre avis…


La Baronne.

On dit qu’il ne faut pas contrarier les somnambules : permettez-moi cependant de vous faire observer que, si je voulais un mari, avec ma fortune et ma position dans le monde, j’en aurais déjà trouvé vingt pour un.


Le Marquis.

Vingt, oui ; un, non. Vous oubliez ce diable de petit bruit…