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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/193

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Maréchal, à Maximilien.

Mais, mon cher ami, à un pareil père vous ne devez rien, ni devant Dieu ni devant les hommes. Vous êtes trop heureux qu’il ne vous ait pas empêtré de son nom…


Maximilien, avec éclat.

C’est pour cela qu’il ne m’a pas reconnu, et non pour se soustraire aux devoirs de la paternité. Il les a accomplis avec une abnégation surhumaine. Il m’a fait litière de son corps et de son âme. Qu’on le juge comme on voudra, je suis sa vertu, et ce n’est pas à moi de le renier !


Giboyer, d’une voix tremblante.

S’il t’entendait, il serait trop payé ! mais laisse-le achever sa tâche ! puisqu’il a consacré sa vie à aplanir la tienne, ne lui inflige pas cette douleur, la seule qu’il n’ait jamais prévue, de devenir obstacle lui-même ; ne lui refuse pas l’amère volupté du dernier sacrifice. (À Maréchal, d’une voix ferme.) Je vous le promets en son nom, monsieur, il disparaîtra, il s’en ira… bien loin !


Maximilien.

Où il ira, j’irai : c’est mon devoir, c’est ma joie. Je ne le séparerai pas du seul homme qui puisse entourer sa vieillesse de respect et s’agenouiller à son lit de mort.


Maréchal.

Ces sentiments-là vous honorent ; mais ils sont absurdes, n’est-il pas vrai, monsieur de Boyergi ?