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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/114

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Le Comte.

Très curieux.


La Baronne.

Le médaillon surtout. Il contient des cheveux de mon mari.


Le Comte.

Quoi ! ces cheveux blancs ?


La Baronne.

Oh ! ma vie a été austère, monsieur le comte. À l’âge de dix-sept ans, j’épousais un vieillard, pour accomplir les dernières volontés de ma bienfaitrice.


Le Comte.

Votre bienfaitrice ?


La Baronne.

Orpheline au berceau, sans fortune, j’avais été recueillie par une parente éloignée, la douairière de Pfeffers, créature angélique, qui m’éleva comme sa fille. Quand elle sentit approcher sa fin, elle appela près d’elle son fils, le baron Pfeffers, alors sexagénaire, et, nous prenant à chacun une main dans ses mains défaillantes : « Ma mort, nous dit-elle, va vous enlever votre unique amie ; permettez-moi d’unir vos deux solitudes, et je mourrai tranquille. — Ô mon fils ! je confie son enfance à votre vieillesse, et votre vieillesse à son enfance. — Ce n’est pas un mari que je te donne, ajouta-t-elle en se tournant vers moi, c’est un père ! »


Le Comte, très ému.

Et, en effet, il fut un père pour vous ?


La Baronne.

Le père le plus respectueux. Mais je ne sais pourquoi