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Page:Auclert - Le vote des femmes, 1908.pdf/213

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LES FRUSTRÉES DU BULLETIN

pour une idée ; pourtant, dès qu’il s’agit de débourser afin d’assurer le triomphe de cette idée, leur ardeur se refroidit ; elles se fient les unes sur les autres pour sortir de la poche l’or libérateur.

La crainte de dépenser les domine.

Cette propension des femmes à une parcimonie frisant l’avarice, qui, utilisée dans la commune et dans l’État donnerait d’heureux résultats financiers, permettrait, en faisant mieux encore les choses qu’aujourd’hui de réduire les dépenses publiques, de procurer un mieux-être national ; est absolument préjudiciable à l’émancipation des femmes.

L’économie excessive, qualité ou défaut qui profite aux autres, leur nuit à elles-mêmes, en ce sens qu’elle les empêche d’apporter ce qui en toute lutte constitue le principal élément du succès : les munitions de guerre c’est-à-dire l’argent, qui crée les courants d’opinion et détermine les enrôlements.

Les femmes ne veulent rien dépenser pour démolir le piedestal du dieu mâle.

Les Françaises ne sont pas admises à l’Académie ; cependant, aucune riche lettrée ne crée, à l’imitation de MM. de Goncourt, une académie spéciale aux évincées.

Dans la guerre aux privilèges masculins, qui a toujours payé la poudre et les cartouches ?

— Des femmes peu fortunées et des hommes, surtout des hommes.

Les dames riches ne donnent rien pour empêcher leur sexe d’être sur la roue et sous l’affront.