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LETTRES SUR LE LANGAGE

générale et si puissante qu’elle produise instantanément son effet.

Qu’elle nous libère, nous, dans un Mythe ayant sacrifié notre petite individualité humaine, tels des Personnages venus du Passé, avec des forces retrouvées dans le Passé.


QUATRIÈME LETTRE


Paris, 28 mai 1933.


À J. P.


Cher ami,

Je n’ai pas dit que je voulais agir directement sur l’époque ; j’ai dit que le théâtre que je voulais faire supposait pour être possible, pour être admis par l’époque, une autre forme de civilisation.

Mais sans représenter son époque il peut pousser à cette transformation profonde des idées, des mœurs, des croyances, des principes sur lesquels repose l’esprit du temps. Cela en tout cas ne m’empêche pas de faire ce que je veux faire et de le faire rigoureusement. Je ferai ce que j’ai rêvé, ou je ne ferai rien.

Quant à la question du spectacle il ne m’est pas possible de donner de précisions supplémentaires. Et ceci pour deux raisons :

1° la première est que pour une fois ce que je veux faire est plus facile à faire qu’à dire.

2° la seconde est que je ne veux pas risquer d’être plagié comme cela m’est arrivé plusieurs fois.

Pour moi nul n’a le droit de se dire auteur c’est-à-dire créateur que celui à qui revient le maniement direct de la scène. Et c’est justement ici que se place le point vul-