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sonne se joint une grande force de corps, et la nature semble lui avoir prodigué ses dons d’une main généreuse. Il est fort adroit à tirer de l’arc et à lancer le javelot… » La Chronique de Perceval de Clagny (p. 127) : « En son jeune âge, n’avoit en son royaume chevalier, escuyer ou homme de quelque état qu’il fût mieux formé de beau corps gent, beaux bras et jambes de grande force et de grande légiéreté en ses esbastements… » Ces deux citations suffisent. Non, Charles VI n’était pas un « hommeau ».


2. Pouvait-on dire de lui qu’il fût « le plus lasche (mou, sans énergie) et femenin de la nation » ?

Autant ce trait s’adapte à Henri III, un des hommes les plus efféminés et les plus féminins qui aient existé, autant il est impossible de l’adapter à Charles VI. Quand Michelet, cité par M. Dezeimeris, dit de lui : « Jamais plus faible roi…, » il ne l’entend pas dans le sens de mou, efféminé ; il fait allusion à sa faiblesse d’esprit et de volonté, conséquence de sa folie, car il parle, dans ce passage, de l’ensemble du règne. S’il l’eût entendu autrement, il se fût mis en pleine contradiction avec tous les auteurs, soit contemporains de Charles, soit modernes. Henri Martin[1], qui nous parle de la « mâle beauté » du roi, de « l’impétuosité de son caractère », résume l’opinion des chroniqueurs du temps. On verra plus tard Henri III, ridiculement passionné pour les ornements et les colifichets, s’habiller en femme ; mais les vieux chroniqueurs nous apprennent qu’on reprochait à Charles VI de ne pas aimer le luxe des vêtements ni les parures, « de n’avoir pris que rarement et avec répugnance les ornements royaux, c’est-à-dire le manteau et la robe traînante » (Chronique du religieux de Saint-Denis)[2]. Henri III n’aura aucun goût, aucune force pour les exercices physiques ; Charles VI les aimait avec passion, s’y adonnait avec turbulence, remportait le prix dans l’exercice du javelot et dans tous les sports. Non, non, Charles VI ne pouvait être représenté comme « le plus lasche et le plus féminin de la nation ».

  1. Henri Martin, Histoire de France, t. V, p. 616 et 618.
  2. Chronique du religieux de Saint-Denis, t. I, p. 667.