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Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/294

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d’une foule de villes, depuis le Pontos jusqu’à la Sardô, tu ne jouis de rien, sinon de ce misérable salaire : c’est un flocon de laine où l’on verse avec une parcimonie contenue, et pour que tu vives, comme qui dirait une goutte d’huile. En effet, ils veulent que tu sois pauvre, et je te dirai pourquoi : c’est afin que tu connaisses la main qui te nourrit, et que, si l’un d’eux t’excite en sifflant, tu te lances d’un bond féroce sur l’ennemi. Car s’ils voulaient assurer la subsistance du peuple, ce serait chose facile. Il y a bien mille cités qui maintenant nous paient tribut. Si l’on enjoignait à chacune d’elles de nourrir vingt personnes, deux myriades de nos concitoyens ne vivraient que de lièvres, la tête ceinte de toutes sortes de couronnes, et ne boiraient que du lait pur ou bouilli, délices dignes de notre patrie et du trophée de Marathôn. Aujourd’hui, comme des mercenaires récoltant des olives, vous êtes à la merci de celui qui détient votre salaire.


PHILOKLÉÔN.

Hélas ! quel froid de glace engourdit ma main ! Je ne puis tenir mon épée ; je sens que je faiblis.


BDÉLYKLÉÔN.

Mais lorsque ces hommes craignent pour eux-mêmes, ils vous donnent l’Eubœa, et vous promettent la fourniture de quelque cinquante médimnes de froment ; eux qui ne t’ont jamais rien donné, sauf, tout récemment, cinq médimnes d’orge ; et encore tu ne les reçus qu’à grand’peine, khœnix par khœnix, et en te justifiant de l’accusation d’être étranger. Voilà pourquoi je t’ai toujours tenu renfermé, afin de te nourrir moi-même et de ne pas les voir rire des insolences dirigées contre toi. Et maintenant