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Page:Aristophane, trad. Talbot, 1897, tome 1.djvu/115

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dace de dire ce qui est juste et le courage d’affronter le typhon et la tempête. Il affirme que plusieurs d’entre vous sont venus lui témoigner leur surprise, et lui demander formellement pourquoi il est resté si longtemps sans réclamer un Chœur pour lui : il nous a chargés de vous en dire la raison. Il dit que ses délais ne sont pas un acte de folie ; il croit que l’art de la comédie est le plus difficile de tous : un grand nombre s’y essayent ; très peu réussissent. Il connaît depuis longtemps votre humeur changeante et comment vous délaissez les anciens poètes quand la vieillesse les prend. Il sait ce qui est advenu à Magnès, lorsque ses tempes ont blanchi, lui qui dressa de nombreux trophées en signe de victoire sur ses rivaux. Il vous en fit entendre sur tous les tons, Joueurs de luth, Oiseaux, Lydiens, Moucherons, se barbouillant le visage en vert de Grenouilles, cela n’a servi de rien : il a fini, vieillard, car il n’était plus jeune, par être rejeté à cause de son âge, parce que sa verve moqueuse l’avait abandonné. L’auteur se souvient aussi de Kratinos, qui, dans son cours glorieux, roulait rapide à travers les plaines, dévastant ses bords, entraînant chênes, platanes et rivaux déracinés. On ne pouvait chanter, dans un banquet, que : « Doro à la chaussure de figuier », et : « Auteurs d’hymnes élégants », tant ce poète florissait. Aujourd’hui vous le voyez radoter, et vous n’en avez pas pitié ; les clous d’ambre sont tombés, le ton est faux, et les harmonies discordantes. Vieillard, il se met à errer, comme Konnas, portant une couronne desséchée, mourant de soif, lui qui méritait, pour ses anciennes victoires, de boire dans le Prytanéion et, au lieu de radoter, de s’asseoir au théâtre, tout parfumé, près de Dionysos. Quelles colères, quels sifflets Kratès a supportés de vous, lui qui