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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/454

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Aux yeux de tous ceux qui l’environnaient à Sans-Souci, le Roi n’était plus que l’ombre de lui-même ; mais, chose étonnante ! la crainte les retenait encore dans l’obéissance, tant est puissant sur l’âme des hommes le respect dû à l’autorité !

Enfin, le dimanche 8 octobre, Christophe, en robe de chambre, coiffé d’un énorme chapeau rond à grands bords (tenue peu royale, peu faite pour imposer), se fit porter dans la galerie extérieure de son palais ; et là, assis dans un fauteuil, il fit défiler devant lui les troupes de sa garde, en distribuant quatre gourdes à chaque soldat, pour les exciter à aller combattre les révoltés. Il leur dit d’une voix débile, qu’il ne voulait que la liberté de ses concitoyens, mais que sa noblesse l’avait trahi, parce qu’elle aspirait à les rendre esclaves  ; qu’il leur permettait de tuer tous les révoltés et de se livrer au pillage de la ville du Cap[1].

La garde haïtienne, sous les ordres supérieurs de Joachim Deschamps, secondé surtout du général J.-B. Riche, partit au cri de : Vive le Roi ! en promettant de mettre tout à feu et à sang.

Jusqu’alors, les généraux révoltés n’avaient fait aucun mouvement contre le palais de Sans-Souci ; mais, avertis des dispositions ordonnées par Christophe, ils se portèrent au Haut-du-Cap, où la rencontre eut lieu. Quelques coups de fusil furent tirés pour l’honneur du drapeau ; car la propagande révolutionnaire s’était si bien faite dans les rangs de la garde haïtienne, qu’elle passa tout entière du côté des révoltés au cri de : Vive la Liberté ! Son chef principal prit la fuite pour retourner auprès du

  1. Ce récit est emprunté au Nº 4 de la Concorde, journal que le général Prévost, ex-ministre de Christophe, publiait an Cap en 1821.