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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/403

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pour avoir le temps de faire rationner leurs troupes en salaisons, sel et eau-de-vie, toutes choses nécessaires pour se porter dans les hautes montagnes.

D’après le changement adopté pour la campagne, le général Francisque porta son quartier-général sur l’habitation Castillon, voisine du Grand-Doco de Goman ; le général Lys passa par la rivière du Bras-Gauche de la Grande-Rivière, pour opérer la jonction de sa division avec celle du général Borgella qui, lui, passa par la rivière du Bras-Droit, pour parvenir aux Sources-Chaudes, au bas des Mamelles, où cette jonction se fît[1]. De là, les deux généraux et leurs troupes gravirent ces montagnes escarpées, pour aboutir au Grand-Doco où l’on arriva vers le 6 juin. Généraux, officiers et soldats marchaient à pied dans les rivières, les sources, sur les crêtes des montagnes ; et dans cette marche, on trouvait à chaque instant des accidens de terrain très-variés, plus ou moins dangereux à franchir ; mais aussi, la vue de la riche végétation de ces lieux compensait tout cela.

Sur la route parcourue, des colonnes mobiles se détachaient à droite et à gauche pour traquer les insurgés, détruire leurs plantations et rejoindre ensuite les divisions en marche. C’est dans ces circonstances que l’une d’elles, de la 18e, commandée par le brave capitaine Welsh,

  1. La division Borgella passa quinze jours sur l’habitation Bourdon, pour y détruire les vivres plantés par les insurgés. Ce général eut alors le désir d’aller au sommet des Mamelles, et s’y rendit avec deux compagnies de grenadiers. Parvenu sur ces énormes rochers qu’on voit de loin, il fit battre une diane par les tambours et tirer un feu de joie pour épouvanter les insurgés du voisinage. On jouit de la plus belle vue, de ce point élevé et pittoresque : la Presqu’île du Môle, l’île de Cuba, la Navaze, etc., se montraient à nos yeux charmés de ce spectacle magnifique. Étant au Grand-Doco, les généraux Borgella et Lys allèrent au Bois-Pin-Brûlé, sur la chaîne de la Hotte, d’où l’on découvre la mer au nord et au sud de la péninsule méridionale d’Haïti. Francisque ne pouvait, comme eux, marcher à pied dans ces montagnes, parce qu’il boîtait d’une jambe par une ancienne blessure.