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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/356

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Un seul côté de son administration laissait à désirer plus d’énergie de sa part, à cause des mesures qu’il fallait prendre : — les finances, ce besoin indispensable pour les grandes choses à exécuter dans l’intérêt général ; car, les velléités d’influence politique que nous avons signalées de la part de la Chambre des représentais, si elle persistait à les manifester, eussent été réfrénées par un seul mot de lui. Sa manière de procéder envers le Sénat en est un sûr garant.

Personne ne peut donc savoir si, après ses soucis par rapport aux finances, — soucis augmentés sans doute par son état maladif, — il n’eût pas senti la nécessité d’y pourvoir par plus de résolution envers les comptables, par des mesures plus appropriées à l’état des choses, à raison même de tout ce qu’il projetait et des an angemens qui seraient survenus entre Haïti et la France, dans ces quelques années de son existence prolongée[1].

Mais il a plu à la Providence de l’abréger ; car nous croyons avoir suffisamment démontré qu’il faut attribuer la mort de Pétion aux causes physiques auxquelles il n’a pu échapper, loin que nous sommes d’admettre qu’elle fut volontaire de sa part.

Dans sa profonde sagesse, la Providence a des vues qui échapperont toujours aux investigations humaines. Du moins on peut dire que Pétion a légué à son pays tout ce qui pouvait contribuer le plus à sa tranquillité et à sa prospérité dans l’avenir. C était aux chefs qui lui succéderaient au pouvoir, à son successeur immédiat surtout,

  1. L’ordre que mit Boyer dans les finances, peu après son avènement, nous autorise à dire que Pétion eût pu le faire avec autant de facilité. Il ne s’agissait que de ne pas exécuter les lois sur le budget, de réduire les émolumens, les appointemens des fonctionnaires publics, la solde de l’armée, d’augmenter certains impôts, toutes choses que fit Boyer.