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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/308

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des désertions de soldats de ses troupes du Nord et de l’Artibonite, l’avertissaient de ce qu’il avait à en redouter[1].

À l’extérieur, depuis l’issue de la mission de MM. de Fontanges et Esmangart, rien n’annonçait de la part de la France aucune intention hostile contre Haïti ; tout présageait, au contraire, que le gouvernement de ce pays finirait par accepter les bases d’arrangemens proposées par Pétion à D. Lavaysse, et renouvelées verbalement dans ses entretiens avec les commissaires de 1816, en outre de ce qu’il leur fit entendre à cet égard par sa lettre du 25 octobre[2]. Il paraît même que vers la fin de del’année 1817, un homme honorable sous tous les rapports, destiné à être un personnage remarquable par sa capacité dans les finances, par ses idées élevées en matière de gouvernement, par ses sentimens libéraux et philanthropiques, étant venu à Haïti, avait eu pour mission de voir Pétion, de le rassurer sur les intentions du gouvernement français, en même temps peut-être qu’il étudierait les ressources de la République qui offrait à la France une indemnité en faveur de ses anciens colons[3].

  1. Christophe faisait si peu inquiéter nos lignes avancées, que pendant la réédification des maisons du Port-au-Prince, depuis la vente générale des biens du domaine, nos soldats allaient en canots sur les côtes de l’Arcahaie, et enlevaient des carreaux et des briques dans les anciennes usines et maisons incendiées de cette plaine, qu’ils vendaient ensuite aux nouveaux propriétaires de la capitale.
  2. La France ne fut délivrée qu’a la fin de 1818, des 150,000 hommes qui y tenaient garnison. En somme, l’invasion de 1815 et cette occupation de son territoire lui coulèrent près de deux milliards de francs ; et dans une telle situation, recomposant son armée, elle ne pouvait songer à faire une expédition militaire contre Haïti.
  3. En 1838, M. Hypolite Passy me dit qu’il était au Port-au-Prince en 1817, et qu’il fut présenté par R. Sutherland à Pétion avec qui il eut plusieurs entretiens ou conversations. M. le comte Mole m’ayant dit aussi, qu’étant ministre de la marine et des colonies à la même époque, il avait été d’avis que la France reconnût l’indépendance d’Haïti aux conditions proposées par Pétion, j’ai pensé, sans en être certain, que M. Passy avait pu être chargé de la mission dont je parle. M. Lepelletier de Saint-Rémy avoue d’ailleurs, qu’après