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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/301

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et ceux qui compétent en particulier à un tribunal aussi haut placé dans la hiérarchie judiciaire de la République. En attribuant son institution à Pétion, comme un bienfait accordé au pays, ces magistrats se réunirent à la pensée exprimée dans l’adresse récente de la chambre des représentans, pour lui décerner le titre glorieux de Père de la Patrie.

Dans le même mois, un bâtiment négrier, poursuivi parus navire de guerre anglais vers l’îlet de la Grange, sur la côte de Monte-Christ, entra dans le port du Cap-Henry comme s’il venait en relâche. C’était une goélette voyageant sous pavillon portugais, mais qui était la propriété d’un citoyen des États-Unis : déjà capturée et condamnée à Sierra-Leone pour semblable cause, elle y avait été vendue ensuite. Elle avait à son bord 145 noirs, presque tous malades aussi gravement que le capitaine américain ; cette goélette se trouvait alors sous le commandement du maître d’équipage. Aussitôt que ce dernier eut fait sa déclaration de relâche, les officiers du port du Cap s’y transportèrent et découvrirent la fausseté de cette déclaration, qui ajoutait une culpabilité nouvelle au crime de lèze-humanité dont s’étaient souillés ces misérables trafiquans. Le négrier fut capturé, et les malheureux noirs délivrés de cette prison flottante où ils étaient enchaînés, se mourant de faim et ne buvant qu’une eau corrompue. « Les Haïtiens s’empressèrent de leur ôter les fers, en leur disant qu’ils étaient libres et parmi des frères et des compatriotes. Il est impossible de se figurer la joie qui animait ces infortunés ; il se précipitèrent à genoux pour remercier leurs frères et leurs libérateurs ; ils versèrent des larmes. Les Haïtiens, émus de cette scène touchante,