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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/294

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une grande influence, sinon d’absorber celle du pouvoir exécutif.

Eh bien ! la lutte du Sénat de 1808 avec le Président d’Haïti, n’eut-elle pas la même cause ? Où était cette prétendue pondération du pouvoir politique, en présence du langage menaçant que nous venons de transcrire, s’adressant aux fonctionnaires publics qui relevaient du chef du gouvernement, et dans un pays où le système militaire dominait ? Dans l’intérêt même de cette Chambre, les représentans de 1817 ne furent-ils pas imprudens, par l’expression de leurs vues ? N’était-ce pas, de leur part, donner un avertissement à la puissance qui dirigeait cette masse active et imposante, » comme ils disaient de l’armée ?…

Aussi, après cette adresse, un esprit quelque peu perspicace pouvait facilement entrevoir ce qui arriverait infailliblement. Ou il faudrait que le Président d’Haïti (sinon Pétion, du moins tout autre) employât toutes les séductions du pouvoir, — que l’on appelle ordinairement la corruption, — pour se créer une majorité docile dans la Chambre ; — ou qu’il fît usage de l’intimidation envers ce corps, afin de gouverner le pays paisiblement, de maintenir la tranquillité publique, par une harmonie factice entre les grands pouvoirs politiques : deux voies déplorables, cependant, dans tout État, l’une comme l’autre pouvant à la fin conduire aux révolutions qui sont toujours funestes aux nations.

On verra plus tard dans quelles circonstances le second de ces moyens fut préféré à l’autre, et l’on s’expliquera alors l’abus qui en a été fait[1].

  1. Lorsque les mœurs d’un pays ou que son état peu avancé, ne se prêtent pas au jeu