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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/247

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time : « Placés sur un volcan, vous n’osez rien entreprendre, rien réparer ; vos maisons sont en ruines, vos champs sont incultes, vos campagnes sont désertes[1]. Toujours inquiets des malheurs qui peuvent fondre sur vous le lendemain, vous ne songez qu’à vous défendre, et vos torches sont prêtes pour vous détruire vous-mêmes. »

Les commissaires faisaient là une vraie figure de rhétorique ; car, à cette époque, on réparait toutes les maisons des villes et bourgs vendues aux particuliers ; on en construisait d’autres sur les emplacemens vides ; on réédifiait les usines des habitations concédées ou aliénées, on cultivait des denrées qu’exportaient les navires français admis sous pavillon masqué et qu’ils introduisaient en France, en ne payant que les mêmes droits établis sur les produits des colonies de cette puissance. Il est vrai que les arsenaux étaient garnis de torches incendiaires pour dévorer tout cela en cas d’agression ; mais c’était sur ce moyen même de destruction que les Haïtiens comptaient le plus pour en éloigner toute idée, indépendamment de leur climat meurtrier et de leur courage.

Le 25, Pétion répondit à la lettre des commissaires ; et, malgré leur invitation d’oublier le passe, il revint sur tous les faits antérieurs, même sur la mission de D. Lavaysse et sur la réserve faite de continuer la traite pendant cinq années. C’était à désoler les porteurs de paroles d’oubli et de réconciliation. Enfin, il leur dit :

« Si les intentions de S. M. T. C. se concilient sur ce

  1. Quatre jours avant leur retour au Port-au-Prince, le 19 octobre, celle ville avait essuyé un furieux ouragan qui enleva la toiture d’une grande partie de ses maisons ; de là leur remarque : « vos maisons sont en ruines. » Mais, à leur arrivée, il n’en était pas de même. Cet ouragan occasionna ensuite une forte disette et une épidémie qui dura jusqu’à la fin de 1818.