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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/180

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cajoleries, Boyer aurait obtenu son consentement, en lui disant, en outre, qu’il ferait disposer les choses de telle manière, que lui, Beaugé, pourrait exécuter le crime avec la plus grande facilité ; et Beaugé aurait pris l’engagement, néanmoins, de se vêtir de l’uniforme d’un chasseur à cheval et de se noircir la figure (il était mulâtre), pour n’être pas reconnu à la prison ; il devait être muni d’un ordre écrit sur un titre de lettre du Président d’Haïti, portant sa signature, lequel ordre, a-t-il ajouté, lui aurait été remis par le général Boyer le jour où cet assassinat fut commis. Enfin, Beaugé aura dit que, connaissant la haine que Delva avait pour lui depuis longtemps, et le haïssant également, il s’était décidé, par ces motifs, à se défaire de cet ennemi en en trouvant l’occasion.

Il est convenable de noter cet aveu final ; mais, chose horrible ! en racontant ainsi les affreuses circonstances de ce crime, il ne paraissait éprouver aucun remords de l’avoir commis, il ne semblait pas non plus convaincu que Pétion y eût donné son assentiment ; car il n’attribuait qu’au général Boyer cette perfide combinaison[1].

Fut-il fondé à l’en accuser, comme il a prétendu l’être ? Beaugé, froid assassin de Sangosse dans sa propre maison, n’a-t-il pas pu imaginer de faire soustraire un titre de lettre des bureaux du Président d’Haïti pour en contrefaire la signature, et ce costume militaire dont il se vêtit, pour donner plus d’apparence de vérité à l’ordre qu’il remit au geôlier ? Tout cela peut être supposé ; mais à qui attribuer le transfèrement inusité du général Delva,

  1. Nous ne pensons pas que le président Boyer ait jamais eu connaissance de ces déclarations de Beaugé. Aucune des personnes qui ont pu les savoir n’aurait osé en parler au chef de l’État, accusé d’un tel forfait ; car Beaugé aurait pu nier de les avoir faites, et c’eût été se compromettre, en réveillant le souvenir pénible d’une monstrueuse affaire passée depuis plus de vingt ans.