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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/177

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était désormais sans objet, à cause de la perpétration de l’assassinat.

Vers quatre heures du matin, inquiète du sort de son mari, mais sachant que la prison n’était pas ouverte à une telle heure, cette femme se rendit au bureau de la place pour obtenir une autorisation d’y entrer, en vertu de l’ordre du président. Pendant qu’elle parlait à l’adjudant de place Gilles Bénech, un homme survint et dit à cet officier, qu’ayant été pour prier au cimetière intérieur il y avait vu un cadavre vêtu de beaux linges, et que voulant faire son rapport sur la découverte de ce corps ensanglanté, il avait trouvé dans la poche de son pantalon une lettre qu’il remit à Gilles Bénech ; cette lettre portait l’adresse : Au général Delva. La femme de ce général acquit ainsi la triste conviction de sa mort. Fondant en larmes, elle réunit ses parens et se rendit avec eux au cimetière d’où le corps du défunt fut apporté chez elle. Mais bientôt le commandant Victor Poil, chef de la police, vint faire enlever ce corps et le rapporter au cimetière, parce que, disait-il, on n’aurait pas dû le déplacer avant que l’autorité judiciaire n’y eût constaté la mort du général Delva.

En quelques minutes, la nouvelle de cet épouvantable assassinat avait circulé dans toute la ville ; accueillie avec horreur, et avec une vive compassion pour la victime, elle avait attiré une grande foule au cimetière et dans le voisinage de la prison. Elle parvint aussi promptement à Volant, où elle produisit les mêmes impressions. Pétion et les personnes qui s’y trouvaient s’empressèrent de revenir au Port-au-Prince. Il paraît qu’à raison de l’émotion publique, il décida lui-même que les cérémonies religieuses auraient lieu dans la chapelle du cimetière,