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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/149

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avaient la plus grande confiance en lui. Il ajouta qu’il était étonné, après de tels faits, que Ferrier osât se présenter au Port-au-Prince, en baron, major-général, etc., et surtout décoré d’une croix ; qu’au lieu de cette croix, son maître Henry aurait dû lui donner les 50 mille piastres qu’il devait, pour payer ses créanciers, réparer l’honneur d’un serviteur fidèle qui, au fait, n’était qu’un banqueroutier frauduleux.

En ce moment, Robert Sutherland, se trouvant aussi dans la foule, réclama du président la permission de faire emprisonner Ferrier, comme étant son principal créancier ; mais le président lui répondit malicieusement, que l’envoyé d’un Roi ne pouvait être retenu ni détenu pour dettes.

Prenant alors son ton grave, Pétion leur dit que le surlendemain, il leur donnerait sa réponse à la lettre de Prévost, afin qu’ils pussent retourner à Sans-Souci ; et qu’ils pouvaient se retirer dans le logement qu’il avait ordonné au général Boyer de leur préparer.

Le président invita fonctionnaires, officiers et citoyens à aller les voir, persuadé qu’il était qu’aucune trahison n’était à craindre. Ils reçurent beaucoup de visites, en effet, et ils purent se persuader eux-mêmes que les offres de titres de noblesse, de croix, de rubans, etc., faites par S. M. Très-Barbare, n’exerçaient aucune influence sur l’esprit républicain des visiteurs, — non plus que les lettres de blanc offertes précédemment par ordre de S. M. Très-Chrétienne[1].

Le 20 février, ces envoyés furent de nouveau accompagnés au palais où le modeste Président de la République

  1. Christophe fit publier cependant, que Pétion avait voulu faire assassiner ses envoyés, et que le peuple s’y opposa.