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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 8.djvu/135

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voulait pas se brouiller avec ses fidèles alliés : de là sa désapprobation, tandis qu’on ignorait encore en Europe, la teneur des instructions données aux trois agents par le ministre Malouet.

Cependant, Dravermann ayant quitté la Jamaïque le 17 octobre et passé sur le packet des Antilles avec des dépêches de son collègue, il est impossible d’admettre que D. Lavaysse n’avait pas envoyé au ministre de la marine, les copies des lettres qu’il écrivit à Pétion et à Christophe ; et Dravermann avait dû arriver en France avec ces copies, dès la fin de novembre ou au commencement de décembre. Le comte Beugnot et le Roi connaissaient donc cette correspondance, avant le public anglais. Ils en furent si peu mécontens, que le ministre proposa au Roi d’élever D. Lavaysse au grade d’adjudant-général : ce qui eut lieu le 3 janvier[1]. Ainsi, le désaveu royal fut une de ces comédies que tous les gouvernemens sont quelquefois obligés de jouer.

Mais après ce désaveu, les autres documens publiés par Christophe et Pétion parvinrent aussi en Angleterre : — les instructions trouvées sur Franco de Médina, ses interrogatoires, etc. ; — la correspondance suivie au Port-au-Prince et la proclamation du président. À la lecture de ces pièces, l’indignation publique s’y manifesta bien autrement que pour les lettres écrites de la Jamaïque. En les reproduisant, les journaux les accompagnèrent de réflexions flétrissantes pour le défunt ministre français qui avait conçu le plan digne du colon ; ils approuvèrent au contraire la résolution des deux

  1. « Il avait reçu le brevet de ce grade pendant le cours de sa mission. » M. Lepelletier de Saint-Rémy, t. 2, p. 19. C’est-à-dire, a l’arrivée de Dravermann, en France, avec les dépêches de D. Lavaysse, ou quelques jours après.