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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/95

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Cap, consentit, sur sa proposition, à recevoir à bord de cette frégate, 160 Polonais qui avaient demandé la permission de quitter Haïti pour retourner en Europe. En les envoyant à la Jamaïque, Dessalines espérait qu’ayant au moins pitié de ces infortunés soldats, le gouverneur Nugent se fût prêté à leur procurer la satisfaction qu’ils sollicitaient. Mais ce gouverneur voulut qu’ils prissent service dans les troupes britanniques : sur leur refus péremptoire, afin de ne pas se trouver dans le cas d’agir contre la France, Nugent les fit ramener à Haïti, — « en exhortant Dessalines de les chasser du pays. Mais Dessalines lui répondit que ces Polonais étaient devenus Haïtiens, qu’il était le chef d’un peuple libre, et qu’il ne pouvait, par conséquent, contraindre ses nationaux à quitter le sol de la patrie[1] »

C’était noblement répondre à la dureté et à la suggestion malveillante du gouverneur de la Jamaïque. Evidemment, le chef noir se montra supérieur, par ses sentimens, à l’officier général blanc. Et il s’agissait cependant de malheureux Européens, de ces intéressans soldats d’une vaillante nation qui, sous le brave Sobieski, acquit des droits à la reconnaissance de l’Europe, en la préservant de la barbarie des Turcs !…

    Perkins vint cependant s’établir dans ce quartier où il résida jusqu’en 1792. Ayant trouvé moyen de procurer des munitions de guerre aux hommes de couleur et noirs libres révoltés contre les colons, ceux-ci l’arrêtèrent pour le faire juger prévôtalement ; mais il fut réclamé à temps, comme sujet anglais, par le gouverneur de la Jamaïque, et relâché, parce que les colons tramaient en faveur de la Grande-Bretagne. (Voyez le rapport de Garran, t. 4, p. 124.) Peikins parvint au grade de capitaine de frégate, et l’on a déjà vu qu’il sauva des Français à Jérémie, en janvier 1804.

  1. Histoire d’Haïti, t. 3, p. 155. — J’ai connu à Paris plusieurs Polonais de distinction, auxquels j’ai fait savoir que Dessalines avait naturalisé Haïtiens, en considération des malheurs de la Pologne, tous ceux de leurs compatriotes qui furent faits prisonniers : ils ont été très-sensibles à ce témoignage de sympathie envers leur patrie.