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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/87

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qui, tous, possédaient aussi des esclaves de la race noire ? C’eût été une absurdité.

Les seuls blancs préservés de la vengeance nationale, et auxquels des lettres de naturalité furent délivrées, devinrent citoyens du nouvel Etat, et conséquemment propriétaires. Cette exception restreinte était commandée par la justice, du moment que leur utilité était reconnue, dans l’intérêt de la société haïtienne. Mais par-là même, Dessalines admit que la présence d’un certain nombre de blancs n’était pas incompatible avec l’existence politique de son pays : il laissait nécessairement au temps à décider de cette question vitale ; car, tout dictateur qu’il fût, il ne pouvait enchaîner la volonté nationale à une époque plus ou moins éloignée.

Quelle a été donc la cause du maintien de cette disposition, si amèrement reprochée au peuple haïtien par les étrangers de toutes les nations ? Uniquement la conduite de leurs gouvernemens respectifs envers ce jeune peuple. Lequel d’entre eux s’est intéressé assez à son sort, pour reconnaître formellement la validité de ses droits, la légitimité de son indépendance et de sa souveraineté, avant que la France elle-même se fût décidée à prononcer sur cette question ? Aucun ! Malgré leurs intérêts commerciaux qui trouvaient satisfaction dans leurs relations avec Haïti, ils ont tous sacrifié aux préjugés de race, nés du régime colonial. Haïti devait conserver ses préventions politiques, à leur exemple[1].

  1. Et la France, que n’a-t-elle pas fait pour essayer de restaurer son autorité à Haïti, avant de se décider à reconnaître son indépendance ! Toutes ces tentatives furent autant de motifs pour porter Haïti à persévérer dans ses préventions.

    « Lorsque, par le traité du 30 mai 1814, fut stipulée la restitution de plu-