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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/80

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portés en Europe ; enfin, le despotisme effroyable, précurseur de la mort, exercé à la Martinique ? Infortunés Martiniquais ! que ne puis-je voler à votre, secours et briser vos fers ! Hélas ! un obstacle invincible nous sépare…… Mais peut-être une étincelle du feu qui nous embrase jaillira dans votre âme ; peut-être, au bruit de cette commotion, réveillés en sursaut de votre léthargie, revendiquerez-vous, les armes à la main, vos droits, sacrés et imprescriptibles.

Après l’exemple terrible que je viens de donner, que tôt ou tard la justice divine déchaîne sur la terre de ces âmes fortes, au-dessus des faiblesses du vulgaire, pour la perte et l’effroi des méchans, tremblez, tyrans, usurpateurs, fléaux du Nouveau-Monde ; nos poignards sont aiguisés, vos supplices sont prêts ! Soixante mille hommes, équipés, aguerris, dociles à mes ordres, brûlent d’offrir un nouvel holocauste aux mânes de leurs frères égorgés. Qu’elle vienne, cette puissance assez folle pour oser m’attaquer ! Déjà, à son approche, le génie irrité d’Haïti, sorti du sein des mers, apparaît ; son front menaçant soulève les flots, excite les tempêtes ; sa main puissante brise ou disperse les vaisseaux ; à sa voix redoutable, les lois de la nature obéissent ; les maladies, la peste, la faim dévorante, l’incendie, le poison, volent à sa suite… Mais pourquoi compter sur le secours du climat et des élémens ? Ai-je donc oublié que je commande à des âmes peu communes, nourries dans l’adversité, dont l’audace s’irrite des obstacles, s’accroît par les dangers ? Qu’elles viennent donc, ces cohortes homicides ; je les attends de pied ferme, d’un œil fixe. Je leur abandonne s’ans peine le rivage et la place où les villes ont existé ; mais malheur à celui qui s’approchera trop près des montagnes ! Il vaudrait mieux pour lui que la mer l’eût englouti dans ses profonds abîmes, que d’être dévoré par la colère des enfans d’Haïti.

Guerre à mort aux tyrans ! voilà ma devise ; liberté, indépendance ! voilà notre cri de ralliement.

Généraux, officiers, soldats ; peu semblable à celui qui m’a précédé, à l’ex-général Toussaint Louverture, j’ai été fidèle à la promesse que je vous ai faite en prenant les armes contre la tyrannie ; et tant qu’un reste de souffle m’animera, je le tiendrai, ce serment : Jamais aucun colon ni Européen ne mettra le pied sur ce territoire à titre de maître ou de propriétaire. Cette résolution sera désormais la base fondamentale de notre constitution.

Que d’autres chefs, après moi, creusent leur tombeau et celui de