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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/77

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furent noyés îa femme et les enfans de Maurepas, celle de Paul Louverture et les siens, et bien d’autres femmes avec leurs maris. Il aura suffi du récit de ces crimes pour ranimer la fureur de Dessalines.

Quoi qu’il en soit, lorsqu’il fallut la mettre à exécution, on vit les soldats montrer une louable pitié pour ces êtres faibles ; leurs officiers éprouvaient le même sentiment. Mais le général Clervaux survint à la Fossette, où cette scène se passait, et les contraignit à être barbares : le sacrifice fut consommé sous ses yeux. On ne peut expliquer la part qu’il y prit lui-même, dit-on, en tuant un enfant, qu’en attribuant cet acte de férocilé sauvage au désir de venger la mort de son frère Jacques Clervaux, que Leclerc fit noyer dans la rade du Cap avec les 1200 soldats de la 6e demi-brigade.

Au Port-au-Prince, ce fut le colonel Germain Frère qui se fit remarquer par son acharnement ; aux Cayes, ce furent le général Moreau, Bégon, Aoua et Tate, officiers de marine : dans ces deux villes, on noya la plupart de ces infortunées.

Mais au Port-de-Paix, le capitaine Alain et une foule de citoyens ; — au Port-au-Prince, le général Pétion et des femmes ; — aux Cayes, le général Geffrard, Voltaire et d’autres femmes ; — à Jérémie, le général Férou, Thomas Durocher, Théodat et Bergerac Trichet, Gaspard, capitaine du port : partout enfin, des êtres aussi sensibles que ceux-là, s’empressèrent de soustraire à la mort le plus qu’ils purent de femmes et d’enfans, qui acquirent ensuite la qualité d’Haïtien[1].

  1. Pétion ayant sauvé madame Campan, une très-belle femme, s’empressa de la faire sortir de sa maison et embarquer sur un navire, pour qu’on ne pût pas soupçonner qu’il avait abusé de cette infortunée. C’est un mérite de plus ajouté à sa bonne action.