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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/548

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Mais dans la situation de 1807, c’était autre chose. Le pays était déjà indépendant depuis trois ans. Quel était, quel pouvait être le supérieur de Christophe et de Pétion, que l’un et l’autre devaient chercher à satisfaire ? Le Peuple haïtien, cette jeune nation qui avait proclamé ses droits avec son indépendance. C’était là le souverain qui était appelé à juger, à décider entre eux et leurs systèmes politiques différant comme la nuit et le jour.

Christophe voulait rester dans les ornières du passé ; il avait, pour son système, l’avantage d’agir sur l’esprit conforme des populations soumises à ses ordres, et encore, il les remuait par des mensonges qu’elles ne pouvaient pas réfuter, par des passions qu’elles avaient déjà éprouvées et qu’il ravivait.

Pétion, au contraire, voulait les éclairer sur leurs vrais intérêts, comme celles soumises à ses ordres, ou plutôt aux lois de la République. Ses moyens étaient la persuasion pour les cœurs, la conviction pour les esprits, en conformité même du système républicain qui ne peut, qui ne doit pas être fondé sur la violence.

Dès lors, n’aperçoit-on pas une opposition de procédés entre ces deux rivaux, nécessaire pour parvenir à leurs fins ?

Christophe devait vouloir la guerre, qui est un état de violences en tous genres, pour subordonner hommes et choses à sa volonté orgueilleuse.

Pétion devait s’abstenir de la guerre autant que possible, pour éviter les violences et faire comprendre la volonté de la loi qui garantit la sûreté des hommes et des choses. Nous disons autant que possible, car en acceptant la guerre civile à Sibert, en tirant le premier son coup de pistolet, il subissait une nécessité du moment pour obtenir