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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/547

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1807, une situation identique à celle de 1799, et il n’était pas le seul, il faut le dire pour son excuse ; bien d’autres membres du Sénat et la plupart des militaires pensaient comme lui. Ils faisaient tous à Pétion, quant à la conduite de la guerre, les mêmes reproches qu’on avait adressés à Rigaud : reproches que nous avons nous-même accueillis contre celui-ci. Mais ils confondaient deux situations entièrement différentes, selon nous.

En 1799, le pays était une colonie dépendante ; le gouvernement de la métropole était le supérieur de Rigaud et de Toussaint Louverture, qui, tous deux, étaient dans la nécessité de lui complaire. Or, ce gouvernement favorisait le système de Toussaint et ce chef lui-même, parce qu’il convenait mieux à ses vues, sinon de restauration de l’esclavage, du moins d’une certaine réaction contre la liberté générale. Et lorsque son agent, brouillé avec Toussaint, chassé par lui, dégagea Rigaud de toute obéissance envers ce général eu chef de l’armée, que la guerre civile survint entre eux, aux grands applaudissemens des colons, à la satisfaction non équivoque du gouvernement de la métropole, — pour se justifier aux yeux de ce dernier, Rigaud devait tout tenter, tout faire pour rester vainqueur, en conquérant par la guerre le territoire soumis à son adversaire. La politique européenne lui eût pardonné son succès, s’il avait pu l’obtenir, momentanément du moins, et pour agir ensuite contre lui, de même qu’on le fit envers Toussaint. Cependant, supposons Rigaud resté vainqueur sur le champ de bataille, la liberté se fût consolidée, la terreur n’aurait pas régné pour désaffection ner les populations au point qu’elles virent avec joie paraître la flotte et l’armée françaises. C’était ce résultat prévu ou entrevu qui légitimait les reproches faits à Rigaud.