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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/546

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Dans une telle situation, que fallait-il entreprendre pour faire prévaloir, aux yeux des populations, les avantages du système républicain sur celui qui allait être régularisé, qui était déjà établi dans le Nord et l’Àrtibonite ? La guerre était-elle le meilleur moyen de persuasion et de conviction sur les esprits ? Elle entraîne toujours des violences qui soulèvent l’indignation de ceux qu’on attaque ; leur amour-propre s’en irrite, et ils résistent : s’ils sont vaincus, ils restent subjugués, mais non pas soumis par une obéissance raisonnée. Vienne une circonstance imprévue, et ils détruisent en un jour tout le fruit obtenu par la conquête. Exemple : — en 1802, que fit le Sud subjugué en 1800 ? La guerre, la conquête l’avaient-elles convaincu que le système politique de Toussaint Louverture était meilleur que celui de Rigaud ?

Gérin voulait une guerre active, une invasion subite dans les départemens soumis à Christophe, prétendant que partout les troupes et les populations mettraient bas les armes, accourraient au-devant de l’armée républicaine, parce qu’elles étaient favorables à la République. Mais les faits prouvaient le contraire : les troupes venaient d’attaquer le Port-au-Prince, de résister dans la commune de l’Àrcahaie ; elles étaient donc obéissantes aux ordres de Christophe et de ses généraux ? Elles avaient d’ailleurs, comme leurs adversaires, leur amour-propre de militaires, leur réputation à conserver ; il est donc plus que probable qu’elles eussent fait une résistance acharnée. Les populations avaient été surexcitées par des moyens captieux, qui leur représentaient Dessalines comme victime d’une odieuse trahison de la part de ses anciens ennemis de la première guerre civile. Toutes les passions de cette époque antérieure reparaissaient sur la scène politique. Enfin, Gérin voyait, en