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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/528

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avait, à dessein, laissé à Christophe le temps de fortifier cette ville, lorsqu’on voit ensuite ce dernier y envoyer des troupes de Marchand, à dix lieues de distance ? Mais Gérin, sur cet avis, conseille en vain d’aller s’en emparer ; ce n’est pas tout, de porter ensuite son quartier-général à Marchand. Et Christophe qui s’y trouvait avec des généraux tels que Romain, Daut, Magny, Martial Besse, Christophe aurait laissé faire ? Il se serait enfui probablement.

Sans être militaire, on peut se permettre un raisonnement sous ce rapport, en jetant seulement les yeux sur la carte d’Haïti.

Supposons Pétion et Gérin en possession de Saint-Marc avec toute l’armée de la République, bien faible alors ; le Port-au-Prince se serait trouvé dégarni de troupes. Christophe étant à Marchand avec le gros de son armée plus forte, n’aurait-il pas pu, par une marche vive et hardie, la porter par la route des Verrettes et les montagnes de l’Arcahaie, venir déboucher dans la plaine du Cul-de-Sac et s’emparer à son tour du Port-au-Prince ? Entre les deux villes, laquelle était la plus importante pour la République ?

Remarquons encore que l’insurrection du Port-de-Paix n’avait pas encore éclaté, que celle de la Grande-Anse commençait ses ravages, et que Christophe était toujours le général en chef de l’armée haïtienne, chef provisoire du gouvernement, et de plus le Président d’Haïti nommé par l’assemblée constituante : ce qui lui donnait une belle position aux yeux des populations dans le Nord, dans l’Artibonite, même dans l’Ouest, malgré sa marche contre le Port-au-Prince.

Il suffit peut-être de ces réflexions pour reconnaître