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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/527

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l’opposition à la tête de laquelle était, Gérin : dans notre jeunesse, nous les avons entendus encore. Comme on ne pouvait comprendre Pétion, on lui supposait des vues personnelles. Que M. Madiou veuille bien souffrir quelques observations de notre part, à l’adresse des traditions.

D’abord, comment a-t-on pu croire que le dessein secret de Pétion était de laisser à Christophe, l’ennemi commun, le temps de fortifier Saint-Marc ? Et de ce qu’on avait repoussé les assauts donnés au Port-au-Prince, il était donc dit que les troupes de l’Artibonite et du Nord étaient sans valeur ? À Sibert, dans ces assauts, n’en avaient-elles pas montré ? Et Pétion pouvait entrer à Saint-Marc en même temps que Christophe ! Pourquoi celui-ci n’était-il pas entré au Port-au-Prince, en talonnant, en sabrant les troupes républicaines vaincues à Sibert ? Soyons justes envers tous, et ne méprisons ni Christophe lui-même, toujours plein de courage, ni ses troupes malheureusement égarées par lui.

Ensuite, Pétion ignorait les projets des révolutionnaires du Sud ! Quels projets pouvaient-ils avoir, sinon de vaincre Christophe ? ce qu’ils croyaient très-facile, contrairement à l’opinion de Pétion, mais, peut-être, d’accord en cela avec celle de Gérin. Pétion redoutait l’ambition de ce dernier ; il hésita à cause de cela à sortir du Port-au-Prince ; il mit des lenteurs dans ses opérations, très-propres à mécontenter son émule ; et arrivé à Labarre, quartier-général, il lui confia le commandement de toute l’armée, moins quelques bataillons, pour se rendre à Drouet ! Pétion était donc d’une simplicité bien grande pour agir de la sorte envers un général dont l’ambition l’effrayait. Quelle certitude pouvait-on avoir que Saint-Marc fût dégarni de troupes, lorsque Pétion