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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/51

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par la mort ou l’exclusion des propriétaires, elles devaient aussi aboutir aux mains de la nation. Mais les terribles vengeances exécutées alors n’ont pas eu lieu pour s’approprier ces biens ; elles se sont effectuées comme représailles, à cause des crimes commis sur la population pendant l’occupation de l’armée française.

À ce sujet, nous nous croyons obligé d’examiner le passage suivant de l’Histoire d’Haïti, par M. Madiou, tome 3, page 113 :

« Si les héros de l’époque sortaient de leurs tombeaux, avec quelle indignation n’apprendraient-ils pas, en voyant le drapeau français flotter au sein de nos villes, que nous avons consenti, oubliant qu’ils avaient acquis la terre d’Haïti par leur courage, à indemniser d’une somme au-dessus de nos ressources, les descendants de ceux qui les avaient torturés, mutilés ? »

En écrivant ces lignes, notre compatriote aura-t-il oublié lui-même que, parmi ces héros de 1804, se trouvait Pétion, l’un des plus méritans durant la guerre de l’indépendance, par son courage, son patriotisme, son dévouement à la cause sacrée qu’ils défendirent tous ? Qui d’entre eux pourrait élever la voix plus haut que lui sur cette question ? Seraient-ce Clervaux ou Christophe qu’il entraîna au Haut-du-Cap ? Serait-ce Dessalines même ?

Aura-t-il oublié que ce fut Pétion qui admit le principe d’une indemnité envers les anciens colons ou leurs descendans, qui la proposa à la France, pour les propriétés rurales et urbaines de ces colons, qui furent confisquées au profit de la nation haïtienne ? Ce n’est pas ici le lieu ni le moment d’examiner les motifs qu’il a eus pour agir ainsi ; mais lisons encore quelques lignes tracées par le même auteur, à la suite des autres.