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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/499

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ligne de bataille. Le colonel Métellus interpella les militaires de la 4e, en leur demandant où ils allaient. Le colonel Guerrier, qui commandait l’avant-garde ennemie (la 7e suivant immédiatement la 4e), lui répondit qu’ils allaient au Port-au-Prince. Alors Pétion, d’une voix accentuée, lui demanda dans quelle intention ils entraient ainsi sur le territoire de sa division militaire ? Guerrier lui dit que le chef du gouvernement leur avait donné l’ordre d’entrer au Port-au-Prince. Pétion tenait un de ses pistolets à la main ; il répliqua à son interlocuteur : « Si vous avancez, je ferai feu sur vous. — Si vous tirez, nous vous riposterons, répondit Guerrier.[1] »

Haranguant alors la vaillante 11e, Pétion dit : « Soldats, pourriez-vous supporter le joug d’un nouveau tyran ? Vive la liberté ! » Électrisés par ces paroles et animés encore par les valeureux Yayou, Métellus, Confident, Adam, etc., [2] ils répondent : « Vive la liberté ! Vive le général Pétion ! » associant ainsi l’idée de leurs droits à l’existence de l’homme qui les soutenait. À ce dernier cri, Pétion leur dit : « Eh bien ! Feu » en tirant le premier de son pistolet. Une décharge générale eut lieu sur toute la ligne de ce corps ; elle fit chanceler la 4e. Savary fut la première victime tombée dans ses rangs : le crime reçut enfin sa juste punition ! [3]

  1. Note de Cerisier.
  2. La 11e avait encore une foule de braves officiers, Sannon Ferté, Boulonnais, Versailles, Spady, Aquerxe, Doisan, Gardel, Lamitié, Condé, etc.
  3. Je relate tous les faits ci-dessus ainsi que je les ai entendu raconter dans, ma jeunesse, et d’après les notes du colonel Cerisier. L’Histoire d’Haïti (t. 3, 376) en fait une autre relation d’après des traditions différentes. Ella, prête des paroles injurieuses pour Pétion, aux officiers et grenadiers de la 4e, sur l’interpellation que leur adressa le colonel Métellus et l’injonction que leur aurait faite le général Yayou de rétrograder. Tout cela a pu avoir lieu dans ce moment d’animation de part et d’autre. Mais on ne peut admettre que Pétion ait