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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/48

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de leur avenir, il ne fallait pas compromettre l’œuvre de leur émancipation qui devait arriver avec le temps, par l’existence politique même de cette portion de la race noire.

Si les grands intérêts de cette race dans les Antilles, de même que ceux de la nation qui se constituait à Haïti, commandèrent à Dessalines de s’abstenir de toute pensée de troubler la paix des colonies voisines, d’en poser le principe pour être observé par ses concitoyens, afin d’intéresser en quelque sorte les autres puissances européennes à leur existence politique ; combien ne doit-on pas regretter qu’il n’ait pas eu en même temps l’esprit assez éclairé, pour s’abstenir aussi de toute vengeance contre les Français restés dans le pays ! N’était-ce pas détruire d’un côté ce qu’il édifiait de l’autre ? Pouvait-il s’imaginer que les nations dont il recherchait les sympathies par cette assurance, verraient, sans éprouver de l’horreur, ces massacres organisés contre leurs semblables ? C’était, au contraire, le seul moyen d’occasionner une recrudescence des préjugés coloniaux contre la race noire, de nuire à l’Etat qu’il fondait, que de montrer ses concitoyens, aux yeux du monde civilisé, comme des barbares incapables de tout frein moral, de tout sentiment de pitié, sinon de générosité.

On conçoit la vengeance durant les combats, alors que la lutte exige des moyens extrêmes pour terroriser son ennemi, — de même qu’on a pu concevoir l’incendie, les ravages de toutes sortes dans ces momens de fureur, pour le dégoûter d’une possession qui lui était disputée. Mais, après la victoire, quand le droit triomphe, la modération, les sentimens généreux doivent prévaloir sur la haine, quelque juste qu’elle soit. Le vaincu a aussi son droit aux yeux de l’humanité, aux yeux de Dieu : c’est d’être