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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/475

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Mais, ce n’est pas que le rédacteur du rapport, que ses collègues avec lui, ignorassent ces choses ; ils avaient assez de science politique pour ne pas faire ainsi une confusion des pouvoirs. Ils établirent ces principes erronés, sciemment, si l’on peut s’exprimer de cette sorte, afin de couvrir la nécessité où l’on se trouvait de brider l’autorité de Christophe, s’il acceptait la présidence qu’on allait lui déférer. Il avait assez décelé ses intentions, pour qu’on prît ces précautions. Leur pensée étant de nommer sénateurs presque tous les généraux qui avaient dirigé la révolution du 17 octobre, et la plupart des hommes qui prenaient une part active au vote de la constitution, il est clair que le Sénat allait diriger effectivement les affaires publiques, en nommant les moindres officiers de l’armée et tous les fonctionnaires et employés.

D’après la tournure qu’avaient prise les choses, il n’y aurait eu aucune garantie pour leurs personnes, s’ils se fussent tenus aux vrais principes de toute bonne constitution ; mais il ne fallait pas plus reculer devant cette exigence de la situation, qu’on n’avait reculé devant l’impérieuse nécessité de fausser les élections de l’Ouest et du Sud. Se conserver pour le pays était un devoir, une obligation sacrée : sinon, il fût retombé tout entier sous la puissance d’une tyrannie exécrable. L’Ouest et le Sud n’ont échappé au sort de l’Artibonite et du Nord qu’à cette condition ; et lorsque le temps marqué par la Providence est arrivé pour la délivrance de ces deux derniers départemens, ils ont pu jouir aussi des heureux effets de cette politique intelligente et patriotique.

Les bonnes intentions des membres du comité de constitution et de ceux de l’assemblée qui la votèrent avec