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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/450

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damment de ce qu’il voyait quel était le but réel de Christophe, ne devait-il pas faire usage des conseils que celui-ci lui avait recommandé de donner à son envoyé ?

Pétion pouvait-il, devait-il laisser annuler l’autorité de Gérin, lorsque celui-ci la tenait de la même source d’où était ; sortie celle de Christophe ? Si ce général-ministre ne s’était pas mis à la tête de l’insurrection du Sud, eût-elle réussi contre Dessalines, et Christophe aurait-il été chef du gouvernement ? La défection de Pétion lui-même n’avait-elle pas assuré ce résultat ? Et ce serait après l’avoir proclamé, qu’ils auraient consenti à s’effacer devant lui ? Il faut se pénétrer de ces précédens et de la situation des choses, pour juger de la conduite de Pétion. Elle fut habile, nous en convenons ; mais elle était également ferme et fondée sur le droit qu’ils avaient, Gérin et Pétion, à la considération et au respect de Christophe.

    gouvernement, il ne pouvait que contrarier Pétion et Gérin qui exerçaient véritablement la souveraineté dans l’Ouest et le Sud. » — Hist. d’Haïti., t. 3, p. 358.

    On a pu être indigné contre Christophe, mais non pas contre Dartiguenave. M. Madiou a donc oublié que cet officier était un compagnon de Pétion dans le Sud ? N’a-t-il pas lu le 1er paragraphe de la lettre de Pétion qui dit à Christophe, que Dartiguenave est convenu du mauvais effet que produirait sa mission dans le Sud ; qu’il lui écrivait aussi pour lui faire part de leurs réflexions ? Dartiguenave fut donc persuadé, convaincu.

    Et puis, quelle est donc cette souveraineté que Pétîon et Gérin exerçaient ? Commandans de l’Ouest et du Sud, ils ne devaient pas employer leur autorité à maintenir ou rétablir l’ordre dans ces départemens ? Si la mission de Dartiguenave n’était propre qu’à agiter davantage le Sud, Pétion dut faire part à Christophe de sa conviction à cet égard, et espérer qu’il comprendrait cela. Chef provisoire du gouvernement, Christophe lui-même était-il un souverain ? Le Peuple seul l’était !

    M. Madiou n’a-t-il pas assisté à une révolution, en 1843, où ce principe était dans toute sa force, et durant laquelle les généraux de l’armée durent néanmoins exercer leur autorité peur le maintien de l’ordre ? Exerçaient-ils la souveraineté ?