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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/396

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tégeait, même ceux qui avaient spontanément fait leur soumission.

Dans ces entrefaites, on apprit à Haïti l’élévation du Premier Consul à la dignité impériale, et la restauration de la monarchie en France. Le gouverneur général, qui avait plutôt pris ce titre qu’il ne lui fut donné par ses compagnons d’armes, comprit alors qu’il n’était pas en rapport avec sa position de chef d’un État indépendant ; il se résolut à prendre aussi le titre d’Empereur d’Haïti, afin de mieux prouver à la France que l’indépendance de son ancienne colonie était une mesure irrévocable à son égard. Toutefois, il se refusa constamment à créer une noblesse, malgré les conseils de son entourage et les vives instances qu’on lui fit. C’est que, dans sa pensée, ce nouveau titre n’était qu’un moyen de plus, de fixer l’étranger sur la situation de son pays qu’il avait arraché au joug européen ; c’est qu’il considérait la dignité impériale, en lui, comme la première magistrature de l’État.

Aux éloges que l’histoire doit décerner à sa mémoire en cette circonstance, elle a à regretter néanmoins d’être forcée d’ajouter un blâme, pour les procédés inconvenans dont il usa envers ses compagnons d’armes : conseillers d’Etat, ils devaient être consultés sur l’opportunité de ce changement de titre, ils devaient délibérer entre eux pour le lui conférer. En s’abstenant de ces formes, en leur ordonnant de signer un document à cet effet, il les rendit secrètement mécontens. En déclarant, en outre, que dans le choix de son successeur il n’aurait point égard à leur ancienneté militaire, il provoqua imprudemment l’hostilité de H. Christophe qui, parmi les anciens généraux, avait le plus de prétention à lui succé-