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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/393

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naient leurs seuls représentans dans l’actualité, agissant dans leurs intérêts.

Les généraux, considérés dès lors comme des conseillers d’Etat nécessaires au chef du pays, lui déférèrent de nouveau la dictature dont ils l’avaient investi durant la guerre, sous la réserve, admise par lui-même, de l’assister dans son gouvernement, et son administration ; ils lui déléguèrent tous les pouvoirs que comporte une telle institution, et même le droit de choisir et de désigner son successeur, sous le titre de gouverneur général. Toutes ces résolutions obtinrent l’assentiment du peuple, confiant en ses chefs.

Malheureusement pour la nouvelle société, les crimes affreux commis sur les indigènes pendant l’occupation de l’armée française, exercèrent leur influence sur les idées et les sentimens du gouverneur général et sur quelques-uns des généraux et une portion du peuple haïtien. Ce fut le motif de la proscription prononcée contre les Français, colons ou autres, restés dans l’aucienne colonie. Hommes, femmes et enfans subirent ces représailles sanglantes. Néanmoins, le gouverneur général ordonna des exceptions en faveur des individus dont l’industrie, l’étât ou la profession parurent utiles au pays, comme en faveur des Polonais faits prisonniers dans la guerre, et des anciens Allemands qui habitaient l’île depuis longtemps : eux tous devinrent Haïtiens, citoyens de l’État et propriétaires de biens-fonds ou habiles à l’être.

Comme des conséquences naturelles de la proscription portée contre les Français, un acte juste et politique facilita la rentrée dans le pays de tous les indigènes que les événemens antérieurs en avaient éloignés, et un autre prononça la confiscation des propriétés des colons au pro-