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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/385

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Comme Bédouet y était encore détenu, Pétion envoya un de ses aides de camp le prendre et l’amener chez lui, pour qu’il ne pérît pas. Le lendemain, il le renvoya à sa demeure ; mais, quelques jours après, on y fut pour l’arrêter pendant la nuit ; il se sauva et se cacha. Pétion dut déclarer publiquement qu’il entendait le prendre sous sa protection, afin de faire cesser ces persécutions.

En définitive, qui ordonna le meurtre de Mentor et de Boisrond Tonnerre ? Est-ce Gérin, est-ce Pétion, chefs supérieurs ? Sont-ce les officiers de la réunion des bains publics ? Il est probable que ces derniers, surtout ceux des Cayes qui avaient des griefs récents contre eux, auront demandé cette mesure aux deux généraux, et que ceux-ci y auront consenti. Cependant, ces deux victimes étaient restées en liberté, alors que Pétion ou Gérin, ou les deux ensemble pouvaient ordonner leur arrestation et leur mort après celle de Dessalines, comme ils l’ont fait par rapport à Germain. Il faut donc supposer que Mentor et Boisrond Tonnerre auront tenu quelques propos compromettans, ou auront paru réellement trop dangereux, à cause de leurs antécédens connus de tout le monde, et que leur mort aura été résolue par ces motifs.

Quelles qu’aient été les vraies causes de leur sacrifice, il faut les plaindre, en regrettant qu’ils n’aient pas fait un meilleur usage de leurs lumières, auprès du chef qu’ils pervertirent par leurs funestes conseils ; qu’ils n’aient pas eu plus de probité politique et de modération, pour s’attirer l’estime publique. Mais en partageant les regrets exprimés par l’auteur de l’Histoire d’Haïti, nous ne saurions attribuer leur mort à ce qu’il dit :

« La cause réelle de leur arrestation était l’envie qu’inspiraient leurs talents à plusieurs hommes influents, et