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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/350

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Ils ajoutèrent que, si les soldats étaient résolus à bien faire leurs devoirs, ils étaient aussi disposés eux-mêmes à remplir le leur, en surveillant le maintien de l’ordre dans la plaine, et qu’ils s’engageaient à laisser ignorer à Dessalines les préparatifs qu’on faisait contre lui.

En effet, l’empereur étant parti de l’Arcahaie, le 17 octobre, à cinq heures du matin, traversa la plaine et rencontra beaucoup de cultivateurs sortant du Port-au-Prince ou travaillant sur le long de la route ; pas un ne lui dit ce qui se passait en cette ville depuis la veille. « À 8 heures, il était rendu dans nos avant-postes sans s’en apercevoir, dit la Relation de la campagne ; et ce n’est que lorsqu’on voulut l’arrêter, qu’il reconnut qu’il n’était pas au milieu des siens (de la 3e) ; alors, cherchant à se dégager pour pouvoir prendre la fuite, il reçut le coup qui termina sa vie et ses forfaits. Le colonel Marcadieu (Charlotin), en voulant le défendre, périt dans cette circonstance, mais généralement regretté. Il y a eu du côté de l’ennemi quelques blessés, de notre côté un seul homme tué. »

Le fait est, qu’en approchant du Pont-Rouge, le malheureux empereur y vit l’officier qui remplaçait Gédéon, vêtu comme lui, et arriva en cet endroit avec la plus grande sécurité. Mais l’embuscade se prolongeait au-delà du Pont-Rouge : il était donc au milieu des troupes qui la formaient. Dans le grand chemin, il y en avait pour représenter la 3e. Le colonel Léger, son aide de camp, qui avait servi dans le Sud sous Geffrard et Gérin, reconnut des militaires de la 15e et de la 16e ; il lui dit : « Mais, Sire, ce sont les troupes du Sud ! — Non, répondit l’empereur, cela ne peut être : comment pourraient-elles se trouver ici ? »