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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/333

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De son côté, Gérin s’était avancé vers cette ville avec la 15e et la 16e, et un escadron de dragons sous les ordres de Jean Langevin[1]. Au pont de l’habitation Chabannes, entre la ville et l’Àcul, Lamarre avait fait élever un petit rempart et placer une pièce de campagne, avant la réception de la lettre de Borgella. Le chef de bataillon Quique gardait cette position ; mais il avait été initié au projet de Lamarre de se joindre aux troupes du Sud, et ne tira point sur elles. Gérin fît proposer une entrevue à Yayou pour lui exposer les causes de leur insurrection[2].

Lamarre profita de cette proposition pour se mettre en rapport avec les troupes insurgées : il conseilla à Yayou d’accepter l’entrevue, et en y allant avec lui, il fit dire à Gérin de faire contourner le pont de Chabannes par des militaires qui iraient s’emparer du fort Liberté où il n’y avait qu’un faible poste, son intention étant de se réunir à lui : ce qui fut exécuté par un détachement de la 15e commandé par Lévêque.

Dans l’entretien des deux généraux, Gérin exposa à Yayou tous les faits qui avaient poussé les populations du Sud à l’insurrection, et la nécessité d’en finir avec la tyrannie de Dessalines. Yayou, quoique secrètement mécontent de ce dernier depuis sa translation à Léogane, n’avait pas assez de confiance dans les hommes du Sud qu’il connaissait fort peu. Prévenu d’ailleurs par tous les

  1. Jean Langevin qui, avec Lamarre et Borgella, accompagna Rigaud à Tiburon où il s’embarqua en 1800. Ces antécédens exerçaient leur influence sur ces cœurs toujours unis.
  2. C’est par inattention que l’Histoire d’Haïti, t. 3, p. 312, dit que ce fut Yayou qui demanda une entrevue à Gérin : la note de Glézil fils, qui a servi aussi à M. Madiou, dit à ce sujet : « Lamarre engage le général Yayou à causer avec lui (Gérin) et à savoir ce qu’il voulait. Yayou se rend à cet avis et accepte l’entrevue que demande Gérin, etc. »