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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/323

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leurs frères des campagnes sous le joug d’un tyran, ils pourraient aller les combattre ? « D’ailleurs, ajouta-t-il, le général en chef Christophe a pris les armes aussi dans le Nord, le général Pétion au Port-au-Prince ; des Cayes à Tiburon c’est de même. Dessalines, réduit à l’Artibonite seulement, ne pourra résister, et c’est au nom du général en chef que nous devons tous agir : il a été proclamé aux Cayes. » Ce discours révolutionnaire enflamme ces sous-officiers ; leur colonel les charge d’entraîner les soldats, et les renvoie à leurs rangs. Il fait venir ensuite le corps d’officiers auquel il tient le même langage, et il en obtient le même assentiment. Il les charge d’entraîner les officiers de la 16e : ce qui ne fut pas difficile, car la propagande se faisait déjà par mille voix obscures. Le soldat est presque toujours plus tôt informé que les chefs de ces sortes de nouvelles.

Assuré de son corps, assuré que la 16e était gagnée, Francisque partit aussitôt avec Véret pour Laval : ils y étaient rendus à 3 heures de l’après-midi, la distance à parcourir n’étant que d’une lieue[1]. Ils trouvèrent Gérin à table avec Madame Abel, se disposant à se rendre à l’Anse-à-Veau après son repas. Francisque lui raconte immédiatement dans quelle situation il a laissé la ville et l’arrondissement des Cayes, et lui dit que la 15e et la 16e sont dans les mêmes dispositions ; et que dans une telle conjoncture, étant le seul général de division présent

  1. Après le départ de Francisque pour Laval, les deux corps d’officiers se rendirent chez le général Vaval et le conjurèrent de prendre parti avec eux. Vaval hésitait ; mais son secrétaire Guillaume Cézar lui fit des représentations sur la nécessité de ne pas séparer son sort de celui de ses camarades d’armes, qui se soulevaient avec raison contre le despotisme intolérable de Dessalines ; et Vaval se détermina de suite. Le colonel Bruny Leblanc prit la même résolution.