Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/316

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


terminé tous les autres officiers, toute la population. La justice voulait donc qu’il remplaçât Moreau, et non pas Papalier. Bourdet eut donc raison de le proposer en cette qualité qui, seule, pouvait harmoniser l’insurrection tant dans les campagnes que dans la ville. Papalier était lui-même trop judicieux, trop bon soldat de la liberté, pour concevoir même l’idée d’une supériorité de rang militaire en une telle occurrence. Chacun remplit enfin son devoir envers la commune patrie, envers cette auguste liberté dont il fallait assurer le triomphe sur le despotisme.

Racolier, qui n’était qu’un sabreur, un exécuteur impitoyable, dit en ce moment avec un geste significatif : « Et que ferons-nous d’Inginac et d’Almanjor ? » Mais Papalier lui répondit avec cette humanité qui le caractérisait : « Commandant Racolier, il est inutile de verser le sang. Ce serait le moyen d’éloigner tous nos frères, tandis que nous avons besoin du concours de tous. »

Almanjor, dont il est question ici, était un homme du Nord que l’empereur avait envoyé à la fin de septembre, pour remplacer l’administrateur Quenez, qu’il révoqua de ses fonctions. Il ne pouvait être que mal vu aux Cayes ; et, suivant Inginac, il lui avait proposé de se sauver tous deux, même avant la révolte de Messeroux au Port-Salut. Sans l’active sollicitude de Papalier, ils eussent péri dans ces momens de fureur populaire[1].

  1. Voyez dans l’Hist. d’Haïti, t. 3, p. 303, la relation des dangers que courut effectivement Inginac qui était devenu odieux à la population, pour avoir été au-delà même des ordres de l’empereur. La page 302 mentionne le meurtre d’un jeune homme de couleur nommé Henri, secrétaire du général Yayou, arrivé dans ces circonstances : fait que nous ne trouvons pas dans les notes de Glézil et de Pilié, témoins des évènemens. Nous ne concevons pas d’ailleurs comment Yayou, les ignorant encore, aurait eu l’idée d’informer Papalier que les troupes de l’Ouest allaient marcher contre le Sud. Et dans quel but eût-il envoyé une telle information au chef secondaire des Cayes ? Ensuite, ce fait