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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/313

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dissement porta chacun à se manifester hautement contre Dessalines ; la propagande devint active, les troupes furent gagnées : elles étaient sans solde, sans habillement, casernées, subissant une discipline monstrueuse par les verges et le bâton !

Glézil fils fut chargé d’aller de nouveau auprès de Francisque qu’il trouva chez lui. Tandis qu’il l’entretenait des événemens, un vieux noir, nommé Mathieux Périgny, son voisin, y entra. — « Eh bien ! voisin, lui dit Francisque, que pensez-vous de tout ce qui se passe ? — Ce qu’on fait là, répond Mathieux, estime grande sottise ; mais, puisqu’elle est faite, si vous autres chefs, vous ne vous mettez pas à la tête du peuple pour le soutenir, je vous verrai tous amarrés deux à deux et conduits au supplice d’une manière encore plus cruelle qu’en 1800. »

Ces paroles, pleines de bon sens, déterminent Francisque ; il remercie le vieux Mathieux, prend son chapeau et se dirige avec Glézil fils chez Bourdet. « Mon ami, lui dit-il en arrivant, je viens d’être rappelé à mon devoir par un vieux frère ; il n’y a plus à hésiter. Je pars pour l’Anse-à-Veau, afin de rallier la 15e à l’insurrection pour combattre Dessalines, ou mourir à la tête de mes soldats. Tu commandes aussi à 1500 baïonnettes ; vois ce que tu as à faire en cette circonstance. » Bourdet lui répondit : « Allons ensemble voir Papalier. »

Ce dernier n’étant pas encore rentré chez lui, Francisque se dirigea chez Mackintosch, qui lui achetait toujours ses denrées, afin de se procurer quelque argent. On conçoit que ce négociant n’en refusa ni à Francisque ni à aucun de ceux qui lui en demandèrent en cette occurrence ; il avait le cœur gros contre Dessalines et Inginac. Pendant qu’il y était, Francisque vit passer Papalier à cheval et l’ap-