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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/308

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dégaîner le sabre, qu’un militaire comme Bourdet fût venu s’adresser pour un tel office, à un fonctionnaire qui n’avait jamais manié que la plume. Il est de ces choses que l’histoire ne doit enregistrer que pour les réfuter.

Le fait est, que le général Moreau avait reçu l’ordre de l’empereur de se rendre à Tiburon pour organiser le recrutement de la 19e demi-brigade ; qu’il partit des Cayes, le 7 octobre, dans la plus grande sécurité, avec ses guides et quelques officiers parmi lesquels était Lafrédinière ; que le même jour il entra au bourg du Port-Salut où il fut accueilli comme à l’ordinaire[1]. Les habitans de ce quartier, qui comptaient parmi eux beaucoup de propriétaires dépossédés, apprenant qu’il allait continuer son voyage le lendemain et le voyant entouré d’une faible escorte, prirent inopinément la résolution d’opérer son arrestation sur la route, et positivement aux Karatas, lieu propice à un tel dessein. Le juge de paix du Port-Salut, Messeroux, un noir qui y exerçait de l’influence, se fit le chef de ce complot hardi, qui allait produire un résultat auquel les conjurés ne s’attendaient pas. Messeroux aspira à jouer le rôle de général, comme il en prit le titre pendant peu de jours[2]. Les conjurés, qui connaissaient les sentimens de Lafrédinière et de plusieurs autres officiers autour de Moreau, leur firent part de leur projet ; aucun de ces officiers n’en parla à Moreau, et sous divers prétext es, Lafrédinière et les autres l’abandonnèrent soit au bourg même, soit le lendemain sur la route[3].

Moreau se trouvait donc réduit à une très-faible escorte

  1. Notes d’A. Pilié.
  2. Notes de Glézil fils.
  3. Déclaration de Moreau, prisonnier, à Pilié qu’il avait laissé aux Cayes, mais qui se rendit auprès de lui sur l’habitation Taverne, lorsqu’il apprit son arrestation, et d’après un permis de Papalier.