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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/270

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En 1804, Pétion avait spécialement protégé le médecin français Pujol qui devint aussi Haïtien, comme tout autre de sa profession. Pujol lui portait des soins dévoués, comme à une grande partie des familles du Port-au-Prince où il résidait : il était un officier de santé de l’armée, étant encore plus chirurgien que médecin : en cette qualité, il soignait aussi les militaires malades. Jeune et d’un caractère enjoué, il s’était lié avec tous les officiers de l’état-major de Pétion et de l’empereur. Un de ces derniers (nous ignorons lequel) lui avait emprunté une belle bague en diamant, qu’il portait toujours au doigt, à l’occasion d’un bal donné au palais du Port-au-Prince, et avait emporté ce bijou à Marchand. Au mois de mai, Pujol y alla pour la réclamer ; il rencontra J.-P. Boyer qui y était pour assister au mariage de son jeune frère, Souverain Brun. Lié avec Boyer, Pujol et lui étaient logés dans la même maison. Pendant une nuit, on vint l’appeler sous prétexte de soins à donner à un malade ; il sortit, et à peu de distance de la maison, il fut assassiné lâchement par plusieurs individus.

On n’a jamais su qui ils étaient, car il va sans dire que le meurtre d’un blanc français, quoique devenu Haïtien, était une chose trop honorable à cette époque pour que la police impériale s’en émût[1]. Était-ce l’emprunteur de la bague qui, pour ne pas la restituer, avait appelé d’autres infâmes à la perpétration de ce crime, ou bien des individus qui en reçurent l’ordre ? Quoi qu’il en fût, cette action atroce ne put que faire rejaillir sur l’hôte de Marchand, une responsabilité qu’il encourait par des actions

  1. J’ai entendu Boyer raconter la mort de Pujol : il croyait avoir su quels étaient ses assassins, mais il ne les nomma pas. M. Madiou s’est trompé en disant que Pujol avait été contraint de s’établir à Marchand.