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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 6.djvu/251

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l’un relatif au colonel Gilles Bambara qui mourut dans un cachot où il fut incarcéré par ordre de Dessalines, pour avoir tenu des propos de castes, c’est-à-dire, de différence de couleur : c’était le fait d’un noir, et non pas celui de tous les noirs. L’autre fait est relatif à Chervain, commissaire des guerres, qui aurait dit à Bédouet de ne pas se mêler de la querelle de deux noirs : c’était encore le fait d’un mulâtre, et non pas celui de tous les mulâtres. Sur la dénonciation du lieutenant Michel Tendant, Dessalines fit subir à Bédouet une détention rigoureuse dans les cachots de Marchand, et son dénonciateur fut promu au grade de chef de bataillon. Si l’empereur ne voulut que récompenser le patriotisme de cet officier, il fit bien ; mais il connaissait aussi celui de Bédouet et son dévouement ; Bédouet était incapable d’avoir ces sots préjugés de couleur. C’était Chervain, et non lui, qu’il fallait punir.

Un troisième fait eut lieu à cette époque et prouve combien un pays et ses citoyens sont exposés à des malheurs, lorsque le chef du gouvernement n’est pas éclairé.

Une femme ayant réclamé la mise en possession d’un bien, Inginac, directeur des domaines, jugea que la demande n’était pas fondée, et renvoya la réclamante, peut-être en la rudoyant ; car il était sujet à des momens d’emportement. Cette femme l’injuria, et il la chassa, en lui disant : « Vous n’êtes qu’une Messaline. » La malheureuse crut entendre une Dessalines. Elle se rendit à Marchand, et forma sa plainte à l’empereur qui, irrité de ce qu’Inginac eût pu se servir de son nom comme un terme injurieux, le manda aussitôt. Arrivé à la ville impériale, le directeur des domaines, dont le zèle était cependant bien connu de l’empereur, avait beau expliquer la chose,